L’accent de là-bas …
Oh ! Mon Dieu ! Il m’ont tout pris : mon pays, ma maison, mon ciel bleu,
mes djebels et ma petite église.
De mon pays perdu il ne reste plus que l’accent.
Seigneur ! Faites que le temps qui passe ne me prenne pas mon accent.
Ce n’est pas que l’accent de la Provence ne sent pas bon le thym et la lavande !
Ce n’est pas que l’accent du nord n’est pas noble et généreux !
Ce n’est pas que l’accent de Paris n’est pas beau !
Mais le mien, Seigneur, c’est tout ce qui me reste de là-bas.
Parfois il en a qui disent que mon accent il sent la merguez.
Il Ne savent pas ces ignares, qu’au lieu de me vexer, ils remplissent mon cour de joie.
Oh ! Seigneur, faites que le temps qui passe ne m’efface pas mon accent.
Parce que vous savez Seigneur, cet accent-là, c’est l’accent de mon père,
qui à Monte Cassino a crié à ses tirailleurs :
« Allez Larbi ! Allez Mohamed ! En avant nous zôtres, pour la France ! ».
Cet accent-là Seigneur !
C’est l’accent de mon grand-père qui a crié à Verdun à ses Zouaves :
« Allez Pepico ! Allez Renato ! Baïonnette au canon et vive la France ! ».
Si le temps me prend mon accent, comment je vais faire mon Dieu,
pour raconter à mes petits enfants, avec l’accent de Paris ?
comment c’était chez nous zôtres ?
Vous m’entendez mon Dieu, moi, avec l’accent d’ici, leur dire comment criait
le marchand de légumes dans les ruelles de chez nous ?
C’est pas que l’accent d’ici n’est pas joli, mais mon Dieu, vous m’entendez leur dire les gros mots que l’on disait à Galoufa, l’attrapeur de chiens,
avec l’accent de Paris, de Marseille ou de Lyon ?
Alors Seigneur, je vous en supplie, laissez le moi encore un peu l’accent de là bas.
L'ACCENT DE MON PAYS PERDU.